Coach posture

COACH POSTURE

ca

Sharing time avec les Stars (réseaux alumni des jeunes LP4Y)


Cet article est moins dans l'analyse que dans le sentiment personnel, mais j'ai trouvé intéressant de vous confier l'intérieur de la vie de coach, qui est peut être très différente pour d'autres.


Voici quelques notes en vrac écrites en Février dernier, peu après ma reprise du centre de Taguig et le départ de ma co-coach Alyssa :


Video (cliquer sur le lien) : Moi après une journée de coaching pendant le mois de Février


"L'engagement à LP4Y, un taff difficile, un engagement de tous les jours. Mais de manière générale, l'aide, c'est dur… beaucoup de remise en question. Empower, guide, learning by doing, let it go... que de concepts développés par LP4Y que je m'efforce à appliquer et qui m'ont conquis depuis le premier jour. Magnifique sur le papier mais difficile à mettre en place !"


"Au pays des enfants, tout le monde en est un. Les jeunes de Taguig ont un problème avec l'autorité. Ou peut-être que c'est moi."

"De plus en plus de difficultés avec les jeunes. Pas facile de trouver la bonne posture. Je sens beaucoup d'insolence de la part de certains. Je ne peux pas comprendre les différentes blagues qui se disent sur moi en tagalog. Belle leçon d'humilité après l'Inde où j'étais un peu une star auprès des jeunes. La communication est pourtant bien plus facile qu'en Inde car le niveau d'anglais est meilleur. Je n'ai pas l'habitude d'être dans cette position. Ça demande beaucoup d'humilité."

"Il y a tellement de non-dits mais les jeunes sentent tout. S'il ne peuvent pas se cacher car j'ai le sentiment de tout voir, c'est pareil de mon côté, ils me percent à jour. Ils sentent quand je suis de mauvaise humeur, quand je perd patience. Menteurs, magouilleurs, j'ai du mal à trouver la bonne posture pour ne pas tomber dans le jeu du chat et la souris. Il faut constamment prendre de la hauteur pour ne pas perdre patience. Je dois trouver l'équilibre entre me remettre en question, le "tout dépend de moi", garder le cap, et l'adaptation, le "let it go" et l'écoute."


"Suite à un sharing time où ils me disaient avoir trop de pression, j'ai senti la température monter et décidé de relâcher la pression. Trop de warnings. Je dois m'appuyer plus sur les managers (les jeunes les plus expérimentés dans le programme). Ce soir un jeune m'a confié que je suis trop strict, que je n'applique pas les règles de la même manière pour tout le monde, que certains Jeunes ont peur de venir me parler et que le Group Chat n'est plus actif comme à l'époque d'Alyssa (ma prédécesseur). Ça fait mal, mais je remercie ce jeune pour son courage et son honnêteté. Albane me rassure en me disant que les jeunes profitent souvent de la transition entre deux coachs pour dire "c'était mieux avant" et déstabiliser le coach."


"Avez-vous déjà donné un cours d'ordinateur à votre (grand-)mère ? Imaginez le faire avec quelqu'un qui ne parle pas la langue, n'a jamais touché à un ordinateur de sa vie, et n'a que très peu de notion de respect du matériel. Multipliez cette expérience par trente, en même temps. Vous savez ce que donne parfois la mission de coach. Accompagner, mais empower, parce que sinon tu deviens fou."


"Au centre, hausser le ton peut prendre des proportions inattendues. Les jeunes sont très sensibles. C'est aussi leur cool attitude qui parfois me déstabilise. Rien n'est grave, tout est léger, hausser le ton pour un sujet aussi anodin que le time management d'un événement avec un partenaire est d'un non-sens absolu pour eux."


"Les jeunes ne comprennent que la sanction. Eux même proposent d'être toujours plus strict avec eux pour faire respecter les règles. Retard = sanction financière. LP4Y insiste sur l'éducation et l'empowerment plutôt que la sanction. Ils faut se creuser la tête pour trouver des idées. Etre créatif pour leur donner envie."


"La carotte ou le bâton ? Pour le responsabiliser, je décide de donner la responsabilité de la cashbox à celui soupçonné de vol. Mauvais calcul, ça aurait été trop facile. Je confonds empowerment et tentation. Les vol d'argent ne se sont pas arrêté. John me dira plus tard de ne pas hésiter à être plus strict, à condamner sans hésiter. Mais je commençais justement à m'adoucir ! Conclusion, suivre son instinct."


"Besoin de reconnaissance, il ne faut pas venir ici pour ça. Mon langage de l'amour est "les paroles valorisantes", je ne suis pas servi, mais je ne suis pas là pour ça."


"Être coach c'est les montagnes russes. De victoires en défaites, de jobs trouvés en expériences ratées. Jeune grateful, Jeune démotivé. De home visit pleine de joie, en déception de croiser des jeunes du program "zoner" dans la rue alors qu'ils devraient être au centre."


"Malgré mes apparences calmes et plein de patience (on me décrit toujours comme cela dans la colloc), il m'arrive souvent d'être exaspéré intérieurement, frustré par le manque d'engagement des jeunes ou simplement par mon échec à leur faire avoir une prise de conscience. Je bous intérieurement, mais je sais que j'apprends, et que ça viendra."


"En Inde, j'avais parfois le sentiment de préparer les Jeunes à un monde qui ne les rendra pas forcément plus heureuses. Les éloignant de leur famille qui est tout ce qu'ils ont. Bien sûr, l'envie de leur faire découvrir qu'il existe autre chose, qu’elles soient un peu plus libres, au moins qu’elles aient le choix une fois dans leur vie. Certaines d'ailleurs ont fait le choix de rester chez elles à être femme au foyer (notamment la voisine, venant d'une famille particulièrement heureuse et qui nous a comblé de leur bonheur pendant 4 mois). Je reçois encore aujourd'hui des messages de Jeunes qui s'épanouissent au travail. Grande satisfaction."


"Ici aux Philippines, la pauvreté affective qui s'ajoute à la pauvreté matérielle ne laisse aucun doute sur le bienfait du coaching program."


"Faire attention à ne pas penser pour les jeunes. Ils sont attirés par tout ce que je rejette. Leurs rêves sont mes cauchemars : travailler dans une tour, dans de magnifiques open space avec air conditionné, des ordinateurs à perte de vue, des caméras de surveillance et des gardes, un espace baby foot, un espace détente, et une super cantine qui fait des cafés avec des cœurs. Company visit avec Décathlon c'était top. Mais Webhelp (Call center), comme dirait Octave Parango dans 99f, j'ai parfois le sentiment de collaborer en envoyant ces jeunes dans ce monde dont l'avenir ne me plaît pas. Le même sentiment quand on se rend dans un mall pour acheter du beurre venant de Nouvelle Zélande. Mais c'est à eux de décider. Au moins ils seront un peu plus libres."


Je relis ces notes pour la première fois depuis 5 mois... que de chemin parcouru depuis !!! J'avais presque oublié ces moments compliqués, ces moments où je me demandais comment tenir jusqu'à la fin de mission. Aujourd'hui j'ai l'impression d'avoir assez d'énergie pour faire trois ans de plus. Plein de réponses sont apparues à mes questions de l'époque. Ce que j'aime tant dans ce travail, c'est à quel point on apprend chaque jour. 


Un réaménagement complet du centre, et une réorganisation des équipes ont complètement métamorphosé l'atmosphère et l'efficacité du centre. La fin du covid et le retour des actions avec les partenaires (relance du marché de l'emploi, visites d'entreprises, trainings, évènements etc.) donne aussi un nouveau souffle et me rappelle à quel point ces deux dernières années ont été compliquées pour les populations exclues, et témoignent de la ténacité dont les équipes ont dû faire preuve dans ce pays où les mesures de la pandémie ont été poussées à l'extrême. Mesures qui peinent toujours à être levées - masque toujours obligatoire - dans ce pays qui a récemment élu le fils du président qu'ils avaient pourtant mis dehors il y a 35 ans. De mauvaise augure pour combattre les deux fléaux de ce pays que sont la corruption (aux Philippines les emplois et frais administratifs fictifs sont légions et les voix électorales s’achètent très ouvertement au plus offrant) et les inégalités extrêmes (90% du business est contrôlé par une trentaine de familles puissantes et intouchables). 


Je me sens depuis plusieurs mois dans ce qu'on appelle au tennis, "la zone". Quand on est dans la "zone", on joue juste, les décisions sont faciles à prendre, le schéma tactique à court et à long terme est clair dans la tête. Le fruit d'un travail de persévérance qui me donne un peu de fierté. Mais avec l'humain on apprend toujours et les challenges sont infinis. Mon objectif aujourd'hui est d'avoir cette même posture vis-à-vis de ma co-coach, comme ma prédécesseur l'avait eu pour moi, afin que son expérience soit la plus riche possible et ses qualités rayonnent sur les Jeunes, et d'accueillir un troisième coach - et donc 18 jeunes de plus dans le centre - d'ici la fin de mission.


Workshops, sharing time et zumba pendant le Star seminar (séminaire avec le réseau d'ancien Jeunes LP4Y venu de toutes les Philippines)






Evènement avec les partenaires


Graduation et training donné par Webhelp et Bolloré



Visite d'entreprise avec IKEA



Un peu de fraicheur s'imposait dans ce centre après 2 ans de covid




Albane donnant une mock interview à Carlwin qui a postulé pour son premier travail


Training donné par les Jeunes pour la communauté

Training sur le professional behavior


Simulation d'entretien d'embauche par les Jeunes pour les Jeunes



Meeting online avec les jeunes 


Shooting des CV vidéo des jeunes






Karaoké avec les voisins












Commentaires

  1. Que de souvenirs... Depuis ma tour je me sens aussi ridicule que nostalgique : il faut dire que la machine à café n'arrive toujours pas à faire un cœur dans mon matcha latte au lait de soja. Hate de lire le prochain article !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Haha merci et bon courage !! Qui est derrière ce commentaire ?

      Supprimer

Enregistrer un commentaire