Home visit

Family visit avec Domingo, Michael, Monica et Lorens


Quand on m'a annoncé Manille comme la ville la plus densément peuplée au monde, j'ai tenu à vérifier. J'attendais de la part de Google une réponse comme Tokyo, Shanghai ou Hong-Kong avec leur gratte ciels à perte de vue plutôt que Manille. Wikipédia est sans appel, et place Manille en deuxième position derrière Dacca au Bangladesh. Constat beaucoup moins surprenant une fois passé le seuil des maisons de ses habitants, celles des Jeunes d'LP4Y en particulier. Entassé à cinq par chambre de 10m², cette densité s'explique aussi par l'âge médian des habitants, deux fois plus faible que celui de la France (23 contre 41 ans). Un tiers de la population a moins de 15 ans. Il en découle une vie de rue extrêmement riche et joyeuse grâce aux innombrables enfants jouant partout dans les rues, mais cette effervescence se dissipe souvent derrière les portes des maisons. 

 

L'encerclement par la mer à l'Ouest, la Laguna et le relief à l'Est ont fait de Metro Manilla (composé de 16 villes) la métropole la plus densément peuplée du monde

 

Les home visit, de la pédagogie LP4Y, permettent au coach de vérifier l'appartenance de la nouvelle recrue à la target fixée par LP4Y (jeune exclus des systèmes scolaires à cause de raisons financières), de développer une relation de confiance avec le Jeune en comprenant sa situation familiale, et d'expliquer à son entourage la mission d'LP4Y. Une expérience qui s'est avérée très différente des Philippines à l'Inde. Là où nous ne pouvions suivre le rythme des invitations des jeunes en Inde, toujours enclin à nous inviter chez eux, ici c'est à nous d'insister et d'expliquer la démarche pour se faire accepter. En Inde, c'était la fierté de nous accueillir : les petits plats dans les grands, de nous nourrir des meilleurs mets au point que nous devions parfois refuser pour ne pas mettre les familles dans l'embarras financier et les voir se ruiner pour nous. Les visites qui pouvaient durer des heures se contentaient de langage de signe ou de laborieuse traduction de Google.

 

Si la gentillesse qui fait la réputation des Philippins n'est plus à démontrer, le regard sur l'Occidental y est très différent. L'impact de la colonisation y est beaucoup plus fort qu'en Inde où, dans le West Bengal, la plupart des gens semblaient ne jamais avoir rencontré de blanc avant nous. Ici tout rappelle la colonisation : la langue et les églises pour l'époque espagnole (16e - 20e siècle) et le décor (routes, bâtiments, voitures) et l'art de vivre (voiture, fast-food, Basketball, l'argent roi) américain, de la première moitié du 20e siècle.

 

Les rencontres hors du temps passées chez les indiens, souvent basées sur le langage des signes avec une fascination mutuelle de son interlocuteur, se révèlent beaucoup plus timorées ici aux Philippines. 

 

Quand on arrive dans un pays, on hérite de la réputation des visiteurs précédents. En Inde, aux regards stupéfaits des passants, on avait le sentiment d'être les premiers. Bien-sûr les Anglais ont laissé leur trace coloniale, les hippies se sont appropriés les hauts-lieux du yoga et de la méditation, et d'autres businessmen sont venus avant nous mais, dans les coins pas si reculés du West-Bengal, on avait souvent le sentiment d'être les premiers. Les home visit pouvait s'apparenter à des rencontres tout droit sorties du film E.T. 

 

Dans les rues de Taguig, les "What's up?!", "Hey, Americano!!", "Give me money!!" sortant de la bouche des jeunes pour entrer en contact avec nous témoignent du profil de nos prédécesseurs.

 

A Taguig, les jeunes sont d'abord surpris quand on leur propose une home visit, et il faut souvent la reprogrammer plusieurs fois avant qu'ils soient prêts à nous recevoir. Ils ne comprennent pas pourquoi on veut voir leur maison et il est important de leur expliquer notre démarche. Certains font tout pour l'éviter. La honte de dévoiler leur situation est trop grande. Il est vrai qu'au centre, on oublie facilement dans quelles conditions ils vivent, et c'est à se demander comment ils font pour être aussi présentable, propre et bien coiffé. 

 

Une fois chez eux, on sent une petite gêne. Les parents ne nous portent pas une attention particulière. La plupart ne savent pas grand-chose d'LP4Y, où leur enfant se rendent tous les jours, et il faut insister pour attiser leur curiosité. L'argent arrive et c'est le principal, peut-on se dire. Pour la majorité des jeunes, l'allowance bimensuelle prévue pour les besoins de base des jeunes est en grande partie donnée à la famille pour contribuer à la tâche collective. 

 

Plus que matérielle, c'est la pauvreté affective qui marque en premier. Pas un jeune ne semble avoir échappé à ce qu'ils appellent une broken family, et n'a la chance de vivre avec ses deux parents, voire de les avoir connus. Elevé par leur tante, un parent seul, leurs grand-parents, ou encore par leur ainés, quand ils n'ont pas du eux même prendre soin de leur enfant dès 15 ans.

 

Aux Philippines, la contraception est inexistante. L'Église est fermée au débat et l'usage de moyen contraceptif reste loin des esprits, en tout cas dans les milieux défavorisés. Une sœur nous confiait son exaspération devant le peu de réalisme de la part des décisionnaires de l'Eglise, loin du terrain, concernant les jeunes mères aux Philippines et la contraception. La naissance d'un enfant, "cadeau du ciel", est un véritable fardeau à 14, 15 ans et nombreuses sont les Jeunes qui peuvent en témoigner, notamment dans notre centre de Tondo qui accueille exclusivement des jeunes femmes, single mom (mère célibataire) pour la plupart. Tondo est un des rares centres LP4Y qui n'a jamais de problème de mobilisation, c'est-à-dire qui est toujours plein et dont la mobilisation des nouvelles recrues se fait en grande partie par le bouche à oreille. Je prévois d'y passer une semaine au second semestre et pourrais vous en dire plus. 

 

Lorsqu'un enfant n'est pas un fardeau par la préciosité de la grossesse ou qu'il n'est pas abandonné, il est une source de revenu, ou un investissement pour la retraite. Du point de vue du coach, rares sont les moments où l'on sent un vrai soutien de la part de la famille plus qu'une exigence financière. Pourtant les Jeunes feraient tout pour elle, même si on a l'impression qu'elle ne leur rend pas toujours bien. 

 

Trouver un travail avec un bon salaire ne va pas propulser automatiquement le Jeune vers le monde décent. Souvent, ce travail va contribuer à faire vivre les cousins, les oncles et tantes etc. Il n'est pas rare de voir une famille élargie zonant dans la rue, jouant aux cartes toute la journée, vivant au crochet d'un seul travailleur. Rare sont ceux qui franchissent l'étape de quitter leur bidonville pour une zone plus décente, et certains continuent d'y habiter même après cinq ans de bon salaire, malgré nos encouragements de prendre leur envol, pour quelques temps au moins, afin d'acquérir leur indépendance.

 

 

Raymark, au micro donnant un training à la communauté sur les requirements pour avoir un decent job 

 

Evènement sportif organisé avec les Stars (réseaux d'ancien LP4Y)

 

Jevon, recevant son diplôme d'entrée en responsibility step

 

Renier et Beverly, travaillant dans la communication room

 

A droite, Renier dansant pendant le Talent show de Francis

 

Jaymon, témoignant de l'impact d'LP4Y pendant ses 7 années passées en prison


En route pour un évènement avec des partenaires (Bolloré & Webhelp) 

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